Le 20 octobre 2026, Sophia Bidineétait l’invitée de l’émission World View de FRANCE 24 pour analyser la réponse judiciaire et administrative aux émeutes du 17 octobre.
Sur le plan pénal, elle a rappelé que tout s’est d’abord joué dans l’urgence, devant les chambres de comparution immédiate. Plus de 500 personnes devaient y être jugées dans la semaine. Cette procédure a été conçue pour des affaires simples, en état d’être jugées. En pratique, l’avocat de la défense dispose de quelques heures pour prendre connaissance de deux ou trois dossiers. Ce délai ne permet ni de contrôler de manière exhaustive la régularité des actes d’enquête, ni de réunir l’ensemble des éléments utiles à la défense. Si le consentement du prévenu est requis pour que cette procédure soit mise en oeuvre, son refus entraîne toutefois un renvoi de plusieurs semaines, souvent assorti d’un placement en détention provisoire. Le choix est donc rarement tout à fait libre, et les droits de la défense peuvent s’en trouver fragilisés.
Sur le plan administratif, les autorités ont estimé que les couvre-feux décidés par les préfets avaient produit un effet immédiat et contribué au retour au calme. Leur renouvellement appelle néanmoins la vigilance. Une mesure de police administrative n’est légale que si elle demeure proportionnée à la menace, et sa durée entre dans ce contrôle. Le 21 octobre, le tribunal administratif de Paris a ainsi enjoint au préfet de police de publier les arrêtés de couvre-feu au moins douze heures avant leur entrée en vigueur, afin qu’ils puissent être utilement contestés.
Ces audiences se tiennent sous le regard de la communauté internationale, en pleine campagne présidentielle et après des déclarations fermes des plus hauts responsables de l’État. Sophia Bidine a rappelé que le juge pénal ne condamne que sur des preuves suffisantes, et que le juge administratif ne valide une restriction des libertés que si elle est nécessaire, adaptée et proportionnée. La justice n’est pas le prolongement de la politique. La séparation des pouvoirs demeure plus que jamais essentielle à l’État de droit.
Ces événements constituent, selon elle, une épreuve pour les institutions. La réponse est en partie judiciaire. Elle devra aussi être politique, face aux revendications portées par les manifestants.